« VA VOIR TA MÈRE, ELLE A BESOIN DE TOI ! »

Ces deux-là n’avaient rien à faire ensemble. Mais il a sorti le grand jeu, et elle s’est laissé séduire…

Assise à l’arrière de la Laguna grise, la petite Amandine*, 8 ans, regarde l’aiguille tourner sur l’horloge du tableau de bord. Sa mère lui avait dit qu’elle n’en avait que pour trente secondes, mais cela fait dix minutes qu’elle est partie, et toujours personne en vue au pied de l’immeuble de briques rouges… Soudain, la portière avant du véhicule s’ouvre. Ce n’est pas maman. C’est Mario, son nouvel amoureux, un grand costaud au regard aussi noir que la barbe, qu’Amandine n’aime pas beaucoup. Et qui n’a rien à faire là. L’homme s’installe précipitamment au volant. Puis il se retourne vers la fillette en fronçant ses gros sourcils.
Va voir ta mère ! lui ordonne-t-il. Elle a besoin de toi ! Impressionnée par le personnage, avec lequel elle n’a aucune envie de rester seule, Amandine défait sa ceinture de sécurité et se glisse sur le trottoir… La Laguna démarre en trombe. Inquiète, la fillette se dépêche de rentrer dans l’immeuble, de gravir les marches de l’escalier. Elle ne peut imaginer ce qui l’attend en haut, chez elle. Un condensé d’horreur. De quoi la traumatiser pour le restant de ses jours. Mais Mario, « l’amoureux », s’en contrefiche. Pied au plancher dans la Renault, il s’enfuit comme un lâche, pas plus gêné que ça d’envoyer une gamine de 8 ans au-devant du pire.

C’est le genre de caïd au sang chaud. Il se balade toujours avec un pistolet caché sous son tee-shirt.
LES VIGILES, EUX, LE CONNAISSENT BIEN

Mario. Photo issue de son profil facebook.

Retour deux mois en arrière. Nous sommes à la mi-mars, dans la galerie marchande du supermarché Auchan de Louvroil, près de Maubeuge, à deux pas de la frontière belge. Tablier blanc à la taille, cheveux noués en arrière, Elodie Lempereur s’active derrière son comptoir. Voilà plusieurs semaines que la jeune femme – elle a 28 ans – travaille chez G’Oufti, une enseigne de gaufres, juste à l’entrée de la galerie. Elle adore son job. L’odeur de la pâte qui dore au four, les pots géants de Nutella, le sourire des enfants… C’est autre chose que le magasin de chaussures où elle était employée avant ! Ce jour-là, un nouveau client se présente. Un type plus jeune qu’elle de quelques années, la barbe sombre et drue, les épaules larges, le teint cuivré. Il lui commande une gaufre avec un léger accent où percent ses origines italiennes… Elodie est troublée. Le gars la dévore du regard. Les jours suivants, il revient, et elle comprend vite que ce n’est pas pour les gaufres. C’est elle qu’il vient voir. Il s’appelle Mario C., il est sicilien, il lui dit qu’elle est jolie, ce qui est vrai. Elodie travaille depuis trop peu de temps à la galerie pour le connaître. Les vigiles, eux, savent qui est ce Mario. Un personnage à éviter. Il revient traîner chaque semaine dans le centre commercial, et c’est le genre de caïd au sang chaud, qui cherche toujours la bagarre. Il se balade avec un pistolet caché sous son tee-shirt. Mais cela, Elodie l’ignore. Elle le trouve mignon, viril. Elle aime l’insistance avec laquelle il tente de la séduire. Seule avec sa petite Amandine, cela fait longtemps qu’elle n’a plus eu d’homme dans sa vie.

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