Bénin: L’opposant béninois Léonce Houngbadji s’exile en France

Le président du Parti pour la Libération du Peuple (PLP) dit être parti précipitamment afin d’échapper aux menaces d’arrestation, d’empoisonnement ou d’assassinat qui pèsent sur lui.

Léonce Houngbadji, l’un des leaders de l’opposition béninoise, n’est plus sur le territoire national.

Le président du Parti pour la Libération du Peuple (PLP) dit être parti précipitamment afin d’échapper aux menaces d’arrestation, d’empoisonnement ou d’assassinat qui pèsent sur lui. Il a posé ses valises en France. “Le 19 octobre 2018, j’ai échappé à un enlèvement orchestré par le pouvoir. Trois véhicules rodaient autour de ma maison durant toute la journée. Dans l’après-midi, deux des véhicules ont garé juste après ma maison. J’ai constaté plus tard que le troisième véhicule a été garé vers le terrain de sports du quartier. Vers 17h 40, les deux véhicules stationnés juste après ma maison ont changé de position. Mes informateurs dans le quartier m’ont annoncé qu’ils ne sont pas partis mais qu’ils ont garé dans un coin à 500 mètres de ma maison. Quelques instants après, je vois deux hommes derrière la clôture de ma maison, un carré vide. J’ai fait le point de la situation à un diplomate étranger qui m’a rappelé 13 mn plus tard pour me demander de quitter les lieux avant qu’il ne soit trop tard.

 C’est en ce moment précis que j’ai compris que l’heure était encore plus grave. J’ai d’ailleurs vite reconnu l’un des véhicules du dispositif, le même qui m’avait pris en filature il y a quelques jours. Ce jour-là, j’ai dû dépasser ma propre maison pour rentrer dans une autre ruelle. J’étais dans la même voiture qu’un ancien haut fonctionnaire de l’État, qui, ayant fait le même constat, avait donné des consignes sécuritaires conséquentes à son chauffeur. Devant une telle situation, ce vendredi 19 octobre, je me suis d’abord arrangé pour quitter ma maison à 19h 10 mn. Je me suis donc retrouvé ici à Paris le 20 octobre à 17h 20 mn. Je vous dirai plus tard comment j’ai pu quitter ma maison et mon pays pour me retrouver en exil. Le pouvoir veut toujours ma peau, l’acharnement va se poursuivre, vous verrez”, a-t-il confié.

Ancien journaliste et promoteur du journal “Notre Voix”, Léonce Houngbadji affirme que les premiers signaux forts lui ont été envoyés de façon persistante par des renseignements de sources fiables.

“Les intimidations sont récurrentes à mon égard et visent à m’éloigner de la politique ou du pays. J’ai saisi le procureur de la République à maintes reprises avec des preuves évidentes. J’ai été auditionné par la police et la gendarmerie, en présence de mon avocat, Me Ibrahim Salami. A ce jour, je n’ai pas eu de suite. Le climat est malsain”, a-t-il déclaré.

Léonce Houngbadji ne mâche pas ses mots. “Au sein du pouvoir, plusieurs options sont actuellement mises sur la table pour m’inquiéter, au moins deux plans que nous suivons de très près au niveau de l’opposition. Certaines chancelleries occidentales sont informées. En réalité, le régime s’est transformé en milice. Le Bénin est devenu un État voyou, totalitaire et policier. La situation des opposants dans le pays est inquiétante, très critique : certains torturés, empoisonnés et arbitrairement jetés en prison, d’autres poussés à l’exil. La porte du dialogue politique est fermée. Elle n’a d’ailleurs jamais été ouverte depuis l’arrivée de Patrice Talon au pouvoir”, explique ce membre influent de l’opposition, l’un des quatre porte-paroles de la Coalition pour la Défense de la Démocratie au Bénin  (CDD-Bénin), coalition regroupant toutes les forces politiques de l’opposition béninoise.

Face à cela, l’ancien Coordonnateur des Départements de l’Atlantique et du Littoral de l’Union des Professionnels des Médias du Bénin (UPMB) dit qu’il ne pouvait pas rester au Bénin parce que  “les menaces sont permanentes, graves et sérieuses”.

Membre du bureau exécutif national du Front pour le Sursaut Patriotique (FSP), regroupement des organisations politiques, sociales et syndicales qui  ne cesse de dénoncer “la gouvernance affairiste, népotiste, terroriste, césarienne, cynique, mafieuse, ruineuse, autocratique et affameuse de Patrice Talon”, Léonce Houngbadji affirme que le risque de se faire enlever comme c’est le cas de l’opposant Sabi Sira Korogoné, assassiner ou empoisonner est très élevé. “Le pouvoir de Talon est ivre. Il continue d’amplifier sa purge au sein de l’opposition en manipulant la justice et la police. Le système judiciaire n’est ni neutre, ni indépendant. Il est complètement vassalisé, à ordre du tyran. La justice politique de Talon rend ses jugements en fonction des attentes du pouvoir, pas en fonction de la loi”, a-t-il fait observer.

Pour le Coordonnateur national du Pôle Unifié des Jeunes de l’Opposition (PUJO), la lutte pour le redressement du Bénin se poursuivra. “Nous n’allons pas laisser le Bénin mourir dans nos bras. Nous allons nous battre plus qu’hier pour sauver la patrie en danger. J’ai une pensée à tous les combattants de la liberté, particulièrement aux jeunes en première ligne de la lutte pour la restauration de la démocratie, l’Etat de droit et les droits de l’homme. Mes pensées vont également à l’endroit de mes camarades du PLP, du FSP, de la CDD-BÉNIN, du PUJO, de l’Alliance IROKO du Dr Bertin Coovi et de toute ma famille. Je rends un vibrant hommage aux membres du bureau exécutif national du PLP, à tous mes militants, à tous les jeunes au combat, aux détenus et exilés politiques. Notre lutte pour la libération du Bénin ne sera pas vaine. L’autocratie sera vaincue”, a-t-il déclaré à son arrivée à l’aéroport Charles de Gaules.

Léonce Houngbadji, qui a immédiatement saisi les institutions internationales compétentes sur la persécution des opposants au Bénin, compte demander l’asile politique à la France. Il rejoint ainsi Komi Koutché, Sébastien Ajavon, Valentin Djènontin, Léhady Soglo, Simplice Codjo, Fatouma Amadou Djibril et bien d’autres en exil.

L’opposant Léonce Houngbadji a observé à plusieurs reprises des grèves de la faim pour protester contre la fermeture de plusieurs médias libres par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) dont le journal “La Nouvelle Tribune”.

Source: Bénin Plus

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