Gilets jaunes : quand le monde arabe ironise sur le mouvement social en France

Le mouvement de protestation sociale qui agite la France depuis un mois fait beaucoup réagir les pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Entre satire et parallèle avec le printemps arabe, journalistes et internautes n’hésitent pas à ironiser.

Le monde arabe observe avec beaucoup d’attention les événements qui se déroulent en France depuis un mois. Aux origines du mouvement des « gilets jaunes », la hausse de la taxe sur le carburant. Une revendication qui s’est ensuite élargie : baisse du chômage, suppression d’autres taxes… Certains demandent jusqu’à la démission du président Emmanuel Macron. Un appel devenu un véritable slogan dans les manifestations qui se tiennent chaque samedi sur l’ensemble du territoire français.

La mobilisation a connu son lot de débordements et de violences. Au total, on dénombre 820 blessés chez les manifestants et plus de 200 chez les forces de l’ordre, plus de 1 600 arrestations et près de 1 400 placements en garde à vue. Quatre personnes sont décédées dans des incidents liés au mouvement. Des faits qui ont suscité réactions et commentaires dans le monde arabe.

« Laissez-moi vous expliquer le printemps français »
« Un mouvement de protestation organique, sans leader et sans idéologie claire, vient d’émerger en France. J’attendais ça depuis 2011. Laissez moi vous expliquer le printemps français », écrit Karl Sharro, blogueur libanais, sur son compte Twitter. Dans une série de messages, le caricaturiste enchaîne des décryptages sarcastiques où, dans une logique de regard inversé, il emploie les réflexes généralement adoptés par les médias occidentaux pour traiter des soulèvements dans le monde arabe.

« Des experts alertent déjà sur un potentiel effet domino, qui pourrait mener à la diffusion de ces protestations de la France à des pays voisins. La position de l’Orient sur cette question est encore flou. Ils appellent cependant les autorités françaises à respecter le droit à manifester », continue-t-il dans un autre tweet. Avant de conclure : « C’est avec un immense plaisir qu’en tant que moyen-oriental, je dirais que tout ceci n’est qu’une histoire de pétrole ».

LÀ-BAS, C’EST L’ÉTAT DE DROIT QUI PRÉVAUT. LÀ-BAS A POURTANT RESSEMBLÉ UN (PETIT) PEU À ICI LE TEMPS D’UN WEEK-END

Le quotidien libanais L’Orient-Le jour, sous la plume d’Anthony Samrani, se demande lui aussi si ce mouvement n’est pas le signe « d’une démocratie en péril ». Le journaliste s’engage dans une analyse des raisons de la mobilisation, dénonçant les carences du pouvoir et le sentiment de déclassement

L’auteur nuance toutefois la comparaison : « Il n’y a pas de dictateur à faire tomber. Pas non plus d’État policier ou de moukhabarate [services de renseignements] prompts à vous faire disparaître à la moindre critique. Là-bas, les manifestations populaires sont autorisées, les oppositions libres de s’exprimer et les pires insultes contre le chef de l’État tolérées. Là-bas, l’école (de qualité) est gratuite tout comme les services de santé, et l’État vient en aide aux plus démunis. Là-bas, c’est l’État de droit qui prévaut. Là-bas a pourtant ressemblé un (petit) peu à ici le temps d’un week-end. ‘J’ai l’impression d’être à Beyrouth’, nous ont confié plusieurs Libanais résidant dans la capitale française », écrit-t-il.

En Algérie, le site satirique « El Manchar » préfère manier l’humour, en travestissant la célèbre formule du Général De Gaulle lors de la Libération de la capitale française en 1944 : « Paris outragé, Paris brûlé, Paris martyrisé mais Paris macronisé ».

Les Tunisiens proposent le « savoir-faire » de leurs policiers
Sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes ont tourné en dérision l’image de ce qu’ils appellent la « France donneuse de leçons ». Des Tunisiens n’ont pas hésité à faire allusion à la célèbre proposition de Michèle Alliot-Marie, ministre française des Affaires étrangères, qui avait déclaré lors des évènements du 14 janvier en Tunisie : « Nous proposons que le savoir-faire de nos forces de sécurité, qui est reconnu dans le monde entier, permette de régler des situations sécuritaires de ce type ». Aujourd’hui, les internautes tunisiens suggèrent à leur tour d’envoyer leurs troupes en renfort de leurs homologues françaises.

En 2011 lors de la révolution tunisienne, Mme. ALLIOT MARIE ministre des affaires étrangère à l’époque proposait de l’aide à Benali, les tunisiens doivent proposé la même chose pour la crise des Gilets Jaunes qui touche la France !

Preuve que les Tunisiens ont la mémoire tenace, d’autres ont repris le titre polémique d’un article de Libération, publié suite aux attentats du Bardo à Tunis en 2015 : « C’est fini la Tunisie, c’est fini le tourisme ». À l’époque, ce titre avait été critiqué par le président Béji Caid Essebsi lui-même. En début de semaine, les internautes ont diffusé des images des scènes de violences sur les Champs-Élysées, accompagnées du message : « C’est fini Paris ».

Et le parallèle ne s’arrête pas là. Michel Picard, correspondant de RFI en Tunisie, révèle une conversation pour le moins surprenante avec un policier tunisien :

En Tunisie, quand ton contrôle routier « carte grise, permis de conduire, contrôle technique ! » tourne au « c’est la révolution en France ! Et Macron, il dégage comme Ben Ali ? » puis que le policier conclut « ici c’est pire maintenant. Dis-le aux manifestants. »

Si le mouvement protestataire français suscite le sarcasme, il inspire également. À Bassora, grande ville du sud irakien, des centaines de manifestants ont enfilé des gilets jaunes. Eux aussi protestent contre le chômage, mais également la corruption et les coupures d’eau et d’électricité.

Par Syrine Attia

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