ETATS-UNIS: L’appel de Trump au président ukrainien, énième scandale ou point de bascule vers sa destitution?

L’appel de Donald Trump à son homologue ukrainien pourrait-il aboutir à une procédure de destitution du président américain? C’est ce que souhaitent de nombreux élus démocrates. Mais ce scénario permettrait aussi à l’ex-magnat de l’immobilier de gagner des points en vue de l’élection présidentielle de 2020.

Depuis plusieurs jours, les appels au lancement d’une procédure de destitution de Donald Trump s’intensifient outre-Atlantique. Le président américain est soupçonné d’avoir poussé au téléphone le chef d’Etat ukrainien, Volodymyr Zelensky, à enquêter sur son rival politique Joe Biden, dont le fils a travaillé pour un groupe gazier ukrainien en 2014, en se servant d’une aide militaire comme moyen de pression.

Ces révélations, dévoilées par le Washington Post et le New York Times, s’ajoutent à l’existence d’un lanceur d’alerte, issu des services de renseignement, qui a saisi son inspection générale en août concernant une conversation entre Donald Trump et un dirigeant étranger sur fond de “promesse” troublante. L’administration Trump a refusé de transmettre au Congrès le contenu du signalement du lanceur d’alerte.

Si le président américain a reconnu avoir parlé au téléphone de Joe Biden avec  Volodymyr Zelensky, il a cependant nié avoir “fait pression” sur lui “d’une quelconque manière”.

“J’aurais pu faire pression. Cela aurait pu être acceptable que je le fasse. Mais je ne l’ai pas fait”, a-t-il affirmé lundi en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York.

Donald Trump a par ailleurs annoncé, ce mardi, avoir autorisé la publication, mercredi, de la transcription complète de sa conversation téléphonique avec Volodymyr Zelensky.

Plus de 150 élus démocrates pour l’impeachment

Les différentes révélations de la presse américaine peuvent-elles alors déboucher sur une procédure de destitution (impeachment, en anglais), après que d’autres scandales se sont essoufflés avant elles? C’est ce que souhaitent plus de 150 élus démocrates de la Chambre des représentants, sur les 235 que compte la chambre basse du Congrès américain, selon un décompte de NBC News.

De jeunes élus démocrates font ainsi pression sur Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, pour qu’elle déclenche une telle procédure, alors qu’elle doit réunir ce mardi après-midi l’ensemble de son groupe parlementaire au complet pour en discuter. La charismatique Alexandria Ocasio-Cortez, représentante du 14ᵉ district de New York, a, par exemple, tweeté dimanche “qu’à ce point, le plus gros scandale national n’est pas la tendance du président à transgresser la loi mais le refus du parti démocrate à le destituer pour ça”.

De nombreux candidats à la primaire démocrate pour les élections américaines de 2020 sont également en faveur d’un impeachment, à l’image de Bernie Sanders ou de Joe Biden. L’équipe de campagne de ce dernier a indiqué à l’Agence France-Presse (AFP) qu’il va appeler ce mardi à lancer une procédure de destitution contre Donald Trump s’il refuse de coopérer avec les enquêtes du Congrès, notamment sur l’affaire ukrainienne.

Donald Trump renforcé par une procédure de destitution?

Nancy Pelosi agit jusqu’à présent avec une certaine frilosité car elle “ne veut pas que son parti rate les élections de 2020”, souligne à BFMTV.com Jean-Eric Branaa, maître de conférence à l’université de Paris II et spécialiste de la politique américaine.

“Nancy Pelosi ne veut surtout pas d’un impeachment. Il s’agit, dans le droit américain, d’une mise en accusation, lancée par la Chambre des représentants, qui est ensuite transmise au Sénat. Ce dernier se transforme alors en cour de justice. Or le Sénat est tenu, cette année, par les Républicains qui ne voteront jamais une destitution du président, surtout pendant une année électorale”, explique Jean-Eric Branaa.

Mais les prises de position de plus en plus fermes des candidats à la primaire démocrate pourraient forcer la chef de file des démocrates à entamer cette procédure malgré le risque politique que cette décision présente.

“Face à un tel scénario, Donald Trump irait aux élections en disant qu’il a été innocenté par le Sénat et que les démocrates ne sont vraiment pas des gens fréquentables”, poursuit Jean-Eric Branaa

Une procédure de destitution ne servirait donc, selon le spécialiste de la politique américaine, qu’à permettre à Donald Trump de “se victimiser” et serait “un suicide politique pour les démocrates”.

Des “péripéties de campagne”

Ces affaires ne sont pour Jean-Eric Branaa que des “péripéties de campagne” alors que l’impeachment est une “procédure très lourde qu’on ne déclenche que pour des cas graves”.

Seulement deux présidents américains, Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, ont fait l’objet d’une procédure de destitution. Richard Nixon a quant à lui préféré démissionner en 1974, éclaboussé par le scandale du Watergate, avant que la procédure d‘impeachment n’arrive devant le Sénat.

Source AFP

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  • 254
    Partages
%d blogueurs aiment cette page :